Epopée, Recueil Ouvert : Section 5. Thèses, travaux en cours

Imogen Choi

Épopée, guerre coloniale et communauté politique dans le vice-royaume du Pérou, 1560-1610

Traduit par Aude Plagnard

Résumé

Cet article présente ma thèse de doctorat, réalisée sous la direction du professeur Rodrigo Cacho à l’Université de Cambridge (RU) et soutenue en 2017. J’y étudie la relation qu’entretiennent la guerre coloniale et le corps politique dans l’épopée du vice-royaume du Pérou, à travers un corpus de trois poèmes : La Araucana d’Alonso de Ercilla (1569-89), Arauco domado de Pedro de Oña (1596) et Armas antárticas de Juan de Miramontes Zuázola (c. 1608-09). J’y défends que la représentation des différentes communautés politiques qui figurent dans les poèmes – les peuples indigènes, les colons espagnols, l’empire ottoman et les noirs cimarrons, entre autres – constitue un axe important de la structure épique, qui a été presque complètement ignoré par la critique. Or, la juste conduite du conflit dépend en grande partir du statut qui est attribué à l’adversaire, et c’est justement ce statut que l’épopée s’efforce de problématiser tout en jouant avec les attentes du lecteur pour mieux les interroger. La vision qui en résulte apporte la preuve que les “histoires connectées” de la première modernité ibérique ont eu un impact décisif sur l’imaginaire politique et littéraire.

Abstract

This article presents a partial overview of my doctoral thesis, written under the supervision of Rodrigo Cacho at the University of Cambridge, UK, and defended in 2017. It explores the relationship between colonial warfare and the body politic in the Viceroyalty of Peru through an analysis of three poems : Alonso de Ercilla’s La Araucana (1569-89), Pedro de Oña’s Arauco domado (1596) and Juan de Miramontes Zuázola’s Armas antárticas (c. 1608-09). I argue that the representation of the diverse political communities which feature in these poems – indigenous peoples, Spanish colonists, the Ottoman empire and African maroon settlements among others – is central to the structure of these epics and has been almost completely neglected. The just conduct of violent conflicts between and within these communities depends in large measure on the status accorded to the adversary, which is precisley what these poems problematise, playing on the reader’s expectations in order to open them to question. The resulting vision demonstrates how the ‘connected histories’ of Iberian early modernity had a decisive impact on the political and literary imagination.

Texte intégral

  • 1 Thomas Greene, The Descent from Heaven: A Study in Epic Continuity, New Hav...

  • 2 Ibid., p. 19.

  • 3 Q. Horati Flacci Opera, Oxford, Oxford University Press, 1901, p. 255, v. 75.

  • 4 C. M Bowra, From Virgil to Milton, Londres, Macmillan, 1945, p. 11.

  • 5 David Quint, Epic and Empire: Politics and Generic Form from Virgil to Milt...

1On tient depuis longtemps l’épopée pour un genre hautement politique. Pourtant, l’attention des lecteurs et des critiques s’est portée sur des aspects bien différents de cette dimension “politique” selon les époques. Dans l’étude comparatiste désormais classique de Thomas Greene sur l’épopée de la Renaissance, il s’agit de la politique dans son sens le plus vaste : “la politique qui ne se limite pas à la société, la politique qui embrasse les mondes du naturel et du fabuleux, qui embrasse même le monde moral et le monde spirituel que parfois elle dissimule, et qui, en dernière instance, inclut aussi le divin”1. Rien, ou presque, n’en est alors exclu. La plupart des critiques qui sont arrivés à sa suite ont été moins ambitieux et se sont limités à une acception bien plus restreinte de la politique : celle que Greene définit comme “le double intérêt de la politique – contrôler par la violence et faire un usage adéquat de ce contrôle dans le gouvernement”2 ou celle qu’Horace, dans son Art poétique, limite aux res gestae regumque ducumque et tristia bella3 Parallèlement à ces sujets classiques du pouvoir royal, de la souveraineté, du commandement et de la guerre, il est un thème particulièrement prisé des études comparatistes : celui de l’empire qui, selon une autre étude classique de C. M Bowra, s’installe dans la tradition épique avec l’Énéide de Virgile et de là domine “l’ensemble de la théorie épique de la Renaissance”4. David Quint, à son tour, divise l’épopée post-virgilienne en deux ensembles que définit leur position par rapport à l’empire : “l’épopée des vainqueurs impériaux et l’épopée des vaincus, dont la résistance contient en germe la politique républicaine ou antimonarchique”5.

  • 6 Miguel Martínez, Front Lines: Soldiers' Writing in the Early Modern Hispani...

  • 7 Marco Girolamo Vida, The De Arte Poetica of Marco Girolamo Vida, ed. et tra...

  • 8 Introduction à l’Epic Traditions in the Contemporary World: The Poetics of ...

  • 9 Ces affirmations ont été largement questionnées au cours des dernières anné...

2Dans cet article, je prétends montrer que cette approche étroite de la politique, fondée essentiellement sur la perspective de ceux qui sont à la tête de la chaîne de commandement, présente des lacunes conséquentes. En particulier lorsqu’il s’agit des poèmes épiques qui rapportent l’expérience des conflits ibériques coloniaux au début de l’époque moderne. En effet, comme l’a récemment montré Miguel Martínez, l’épopée hispanique de cette période embrasse également la perspective des soldats ordinaires, auteurs d’une épopée antiaristocratique qui crée sa propre tradition d’“épopée de la poudre”6. Dans le cas des colonies ibériques, l’épopée s’emploie fréquemment à définir tout autant la nature du pouvoir vice-royal et de la gouvernance coloniale que le pouvoir royal en tant que tel. La guerre, inévitable, occupe une place importante, mais à travers des conflits qui ne correspondent guère aux patrons habituels : rébellions urbaines, poches de résistance indigène, piraterie ou campagnes frontalières. En particulier, la critique a laissé de côté un motif central dans la formation de la pensée politique des XVIe et XVIIe siècles : celui de la communauté politique. L’idée selon laquelle l’épopée serait un genre éminemment élitiste, dont les auteurs aspireraient à composer plebe relicta / sub pedibus [s’élevant au-dessus de la plèbe], selon le conseil lapidaire de Marco Girolamo Vida dans son De arte poetica (1527), a empêché de voir à quel point c’est le corps politique qui émerge comme centre d’intérêt de plusieurs épopées à partir du milieu du XVIe siècle7. Cette absence a de quoi surprendre, en un sens, dans la mesure où la critique convient généralement, avec Margaret Beissinger, de “l’inclusivité du genre épique”, de sa capacité à “produire un témoignage de la culture qui l’a engendré” et de la communauté dont elle émane8. On peut penser que, dans la tradition hispanique au moins, cette absence résulte d’un angle mort de l’historiographie, qui a admis, par exemple, que la société ibérique, depuis le milieu du XVIe siècle, n’a été que peu concernée par les changements sociaux qui avaient alors cours dans le reste de l’Europe, ou que la pensée politique s’y intéressait en premier lieu à l’exercice moral de la souveraineté, en réponse au Prince de Machiavel. Mais on sait désormais que les Discorsi, et leur intérêt pour la République et la communauté politique, ont bénéficié d’une large réception dans l’Espagne du XVIe siècle9.

3J’explore ces hypothèses à partir de trois cas de représentation du corps politique à travers trois poèmes dont l’action se déroule dans le Vice-Royaume du Pérou à la charnière des XVIe et XVIIe siècles. Trois poèmes où l’exploration de la communauté politique se mêle au conflit colonial : La Araucana d’Alonso de Ercilla (1569-1590), Arauco domado de Pedro de Oña (1596) et Armas antárticas de Juan de Miramontes Zuázola (ca. 1608-1609). Les communautés représentées dans ces épopées – les régimes amérindiens, les colons espagnols, les armées rassemblées, les colonies d’Africains marrons, l’Empire Ottoman et les pirates anglais, entre autres – sont extrêmement hétérogènes. Les conflits qui émergent au sein de chaque collectivité et entre elles sont mal définis. Ils démontrent le besoin pressant d’une nouvelle éthique de la guerre et mettent en scène des conceptions concurrentes de la communauté politique. Au cœur de ces poèmes, on trouve le conflit qui animait alors la frontière sud du Chili, entre les Espagnols et les Mapuches ou Araucans. Mais il se déplace bientôt en direction de Lima, la ville d’où étaient dirigées les hostilités, d’où l’on prenait les mesures défensives et où l’on concevait les plans d’expansion impériale dans tout le Pacifique, de l’isthme de Panama au détroit de Magellan et à l’île aux épices [les Moluques], croisant ainsi une multitude de sociétés de différentes natures politiques.

I. Républicanisme, rébellion et empire dans La Araucana d’Alonso de Ercilla

4La Araucana, premier poème espagnol dont le sujet principal porte sur les guerres américaines, résulte d’une gestation longue et complexe. Tirant son inspiration de plusieurs traditions épiques contemporaines – le romanzo chevaleresque italien, les “épopées de la poudre” sur les nouvelles guerres issues de la révolution militaire, et les modèles classiques de Virgile et de Lucain, en particulier – Alonso de Ercilla réinventa ces modèles d’une façon radicalement nouvelle pour mettre en scène, en vers héroïques, la première révolte mapuche de 1553-1558, révolte contre laquelle il avait combattu dans sa jeunesse entre 1557 et 1558. Installé à Madrid à partir de 1563, il retravailla en profondeur son récit épique dans les décennies suivantes et le publia en trois parties, en 1569, 1578 et 1589-90, cette dernière quatre ans seulement avant sa mort. Le poème, dédié au roi Philippe II, jouit d’un grand succès. Aux XVIe et XVIIe siècles, il fut réédité à d’innombrables reprises, traduit partiellement en flamand et en anglais, et adapté – au théâtre et dans des formes poétiques comme le romance. Par la suite, les épopées coloniales espagnoles postérieures s’engagèrent toutes, au moins jusqu’à un certain point, dans un exercice d’émulation avec ce modèle singulier et prestigieux.

  • 10 Alonso de Ercilla, La Araucana, ed. de Isaías Lerner, Madrid, Cátedra, 199...

  • 11 L’ambiguité syntaxique et les nuances de ces premières strophes ont été an...

  • 12 Sur ce point, et sur l’argument qui suit, voir Imogen Sutton, “‘De gente q...

  • 13 Ptolémée de Lucques [souvent entièrement ou partiellement attribué à Thoma...

5On sait bien que, en renonçant à la matière amoureuse du romanzo et en promettant de chanter, à sa place, “el valor, los hechos, las proezas / de aquellos españoles esforzados” [le courage, les exploits et les prouesses / de ces valeureux Espagnols], Ercilla montre dans La Araucana une véritable fascination pour les héros araucans de la rébellion10. Tandis que les soldats espagnols sont généralement peints avec la plus grande platitude et presque jamais nommés par leur nom, leurs adversaires sont, au contraire, nommés et célébrés, acquérant ainsi la stature de héros et d’héroïnes classiques. Au début du poème, l’attention est portée sur une description ethnologique de la communauté araucane, où l’auteur promet : “Cosas dire también harto notables / de gente que a ningún rey obedecen” [Je révèlerai des choses dignes d’être contées, / d’un peuple qui a aucun roi n’obéit] (I. 2). Cet engagement initial semble offrir la promesse d’un événement prodigieux, caractéristique de la littérature de voyage de la période, en même temps qu’il pose un paradoxe évident : si les Araucans avaient été soumis par les Espagnols, comment auraient-ils alors pu continuer de n’obéir à aucun roi11 ? Tandis que le républicanisme, en tant que concept, était toujours bien vivant dans les discours espagnols de la période – j’ai eu l’occasion de le montrer ailleurs – l’idée selon laquelle les Araucans formaient un corps politique républicain était, à tout le moins, contre-intuitive12. La plupart des penseurs de la Renaissance adhéraient à l’affirmation de Ptolémée de Lucques selon laquelle la règle politique républicaine était “caractéristique des villes” (faisant par-là référence aux cités-état d’Italie), et s’étendait parfois aux gouvernements municipaux placés sous l’égide de la monarchie ou de l’empire13. Au contraire, le lecteur de La Araucana sait déjà, depuis le prologue, que même à l’intérieur de “veinte leguas de término” [un territoire de vingt lieues de diamètre], les Araucans sont bien loin de la vie urbaine, “sin tener en todo él [término] pueblo formado, ni muro, ni casa fuerte para su reparo, ni armas, a lo menos defensivas” [sans qu’il y ait là un seul village constitué, ni mur, ni maison fortifiée pour leur protection, ni armes, du moins pas d’armes défensives]. Dans le poème, leur première assemblée tourne bien vite à un épisode de bravade et de querelle, où ils se disputent le commandement de l’armée.

  • 14 Sur le réseau complexe d’allusions à Virgile et Lucain dans La Araucana, e...

6Pourtant, cet état initial devient plus complexe au fil de la lecture. D’après les théories hippocratiques de l’époque, on reconnaissait alors une relation directe entre l’environnement naturel, le climat dans lequel évoluait un peuple et son aptitude à la rationalisation et à la civilisation. Bartolomé de las Casas, par exemple, consacre le premier livre de son Apologética historia sumaria (ca. 1555-59) à démontrer les vertus géographiques de l’Hispaniola tempérée et d’autres régions des Indes, dans le but d’asseoir sa défense de l’organisation civique des sociétés amérindiennes. Malgré l’éloignement géographique du Chili – par rapport à Hispaniola, à la route habituelle de la flotte des Indes et par rapport aux lecteurs –, Ercilla, souligne, lui aussi avec insistance la fertilité et le caractère tempéré de la région. L’assemblée des caciques, que l’on a mentionnée plus haut, révèle, elle aussi, des surprises, puisqu’y apparaît le sage conseiller Colocolo, qui exhorte les guerriers à éviter les querelles civiles – et dans les termes de la Pharsale de Lucain ; et puisque Caupolicán, vainqueur de l’épreuve destinée à mettre fin aux luttes intestines, commence à gouverner une assemblée aristocratique qui revêt certains des traits caractéristiques de la République de Venise14. Il s’agit là, donc, d’une république hautement militarisée, dont les hiérarchies sociales, les croyances et l’éducation des enfants sont entièrement déterminées par le projet de former une citoyenneté militaire bien entraînée, capable de pratiquer l’art de la guerre avec les vertus d’un Machiavel ou du Romain Vegetius, et de mettre en œuvre les tactiques des nouvelles armées d’infanterie de la révolution militaire. Et c’est là, justement, le point de départ d’une nouvelle série de problèmes.

  • 15 Nicolas Machiavel, Discourses, I, vi, trad. de James B. Atkinson and David...

7Décrire les Araucans comme un corps politique républicain pose davantage de questions que cela n’apporte de réponses. Pour Machiavel, il existait par essence deux modèles de communauté politique républicaines : “soit une république qui cherche à former un empire, comme Rome, soit celle qui se contente de préserver son pouvoir”15. La première fonde son pouvoir sur la plèbe, tandis que la seconde conserve une oligarchie aristocratique. Or, Arauco tire ses caractéristiques de ces deux modèles à la fois. À l’image du modèle autonome de la seconde, il est gouverné par une élite et occupe un territoire limité. Mais il n’est pas auto-suffisant pour autant : pour le Florentin (c’est-à-dire, Machiavel), l’intégrité territoriale d’une telle communauté politique dépend de puissantes fortifications, combinant défenses naturelles et artificielles, que l’on ne saurait retrouver dans les plaines ouvertes d’Arauco. Ainsi, même si leur rébellion contre les Espagnols peut être lue comme une guerre de défense, plusieurs indices laissent entendre que cet “estado” [État] a des projets expansionnistes et se place, comme les Romains, sous l’influence de Mars et des “amigos de domar estrañas gentes” [partisans de la soumission des peuples étrangers] (I. 45). Pendant la première partie du poème, en même temps que la fortune des Araucans s’accroît sous le commandement du jeune guerrier Lautaro, leur stratégie change elle aussi peu à peu, d’une stratégie défensive à une guerre offensive qui les porte à conquérir les territoires voisins sous domination espagnole et indigène à l’aide d’une petite armée professionnelle et d’un grand nombre de troupes auxiliaires. Cette politique s’accompagne d’un déclin moral progressif et finit par précipiter l’inversion de leur fortune à la fin du poème, lorsque Lautaro est tué et sa nouvelle armée massacrée après l’attaque par surprise de son campement à Mataquito.

  • 16 J’analyse cet épisode en détail dans “Adonde falta el rey, sobran agravios...

8Deux éléments permettent de penser que ce récit ne se réduit cependant pas à une simple critique de l’instabilité du régime républicain. D’abord, le régime républicain des Araucans perdure, en dépit des terribles pertes de Mataquito et des massacres infligés tant aux militaires qu’aux civils dans les deuxième et troisième parties du poème. Ainsi, mutilé et sur le point d’être exécuté, l’un des guerriers s’exclame : “muertos podremos ser, mas no vencidos, / ni los ánimos libres oprimidos” [nous pourrons être tués, mais non vaincus / ni nos âmes libres opprimées] (XXVI. 25). De plus, les Araucans ne sont pas seulement présentés comme une altérité. Leurs tactiques expansionnistes, leurs pratiques militaires et politiques, et la façon dont ils sont comparés tantôt aux Romains de l’Antiquité, tantôt aux ennemis de ces derniers, tous ces éléments contribuent à en faire un miroir des Espagnols et rendent évidente la précarité de l’expansion impériale. Dans la deuxième partie du poème, le parallèle établi entre les guerres menées contre les républiques rebelles au Chili et en Flandres devient plus évidente, et l’on y explore plus en détail le problème que pose le passage de victoires militaires sporadiques à une véritable campagne victorieuse. En dépit de son succès militaire renouvelé au Chili, la nouvelle armée royale échoue à remporter une victoire définitive. Contrairement à la victoire de Philippe II contre les Français à Saint-Quentin, décrite dans un long épisode digressif, les représentants du roi aux frontières chiliennes de l’empire sont incapables d’exercer la même influence que le monarque sur des troupes indisciplinées, incapables de garantir la clémence dans la victoire, indispensable à la clôture définitive du conflit16.

  • 17 Ce point a déjà été relevé Karina Galperin. “The Dido episode in Alonso de...

  • 18 Voir mon article à paraître : “La presencia oculta de Torquato Tasso en la...

9Dans la troisième partie de La Araucana, la plus courte, la plus fragmentée et sans doute aussi la plus pessimiste des trois, le lecteur se trouve en présence de deux nouveaux types de communautés politiques républicaines. L’une, sorte d’utopie située autour du lac et des îles qui borderaient le golfe d’Ancud (d’après les conjectures les plus récentes), rappelle à nouveau Venise, avant qu’elle ne se lance dans une vaste expansion territoriale. Non sans ironie, un épisode qui s’annonçait comme un récit de découverte et de conquête – après que la résistance araucane a été anéantie, une petite trouve de soldats s’aventure vers le sud en direction du détroit de Magellan, à la recherche d’“un nouveau monde” – prend la tournure d’un anti-climax au moment où que les explorateurs rencontrent cette communauté amicale et indépendante, avec laquelle ils sont pourtant incapables, semble-t-il, de s’identifier autrement qu’en termes de conflit, de domination et de possession. La deuxième communauté politique républicaine que l’on trouve dans ces pages finales est plus distante dans le temps mais plus proche dans l’espace puisqu’elle se situe sur le rivage nord-africain et dans les eaux méditerranéennes17. C’est celle que fonda Didon, la Didon “historique” dont l’histoire nous fut transmise par l’Epitome de Pompeius Trogus abrégé par Justin, plutôt que par la version virgilienne. Didon y est rapprochée à la fois des ennemis ottomans contemporains d’Ercilla, et de l’Armide à la fois séduisante et sorcière du Tasse dans la Jérusalem libérée (dont le personnage constitue en lui-même une mise en garde pour qui donnerait sa foi au plus attirant des infidèles). Pourtant, la communauté politique qu’elle fonde à Carthage est ordonnée, paisible, idylliquement située et en tous points exemplaire18. Ces deux épisodes se distinguent en ce qu’ils représentent des communautés politiques non-chrétiennes et non-monarchiques sous un jour extrêmement positif, qui va à l’encontre de l’intransigeance croissante que l’on observe à l’époque contre les Turcs, les Anglais et les Hollandais, perçus comme des menaces pour l’hégémonie espagnole à la fin du XVIe siècle – situation que l’on pourrait généraliser dans le contexte de l’Europe moderne.

10Ainsi, Ercilla mène ce que l’on pourrait appeler une série d’exercices mentaux (thought experiments) à partir des peuples dont il fait l’objet de son récit, les utilisant comme autant d’outils pour mettre en scène des concepts politiques concurrents et pour représenter la théorie politique sous les traits plus contingents de l’histoire contemporaine. Les guerres coloniales du Chili sont, dans leur essence-même, le miroir des frontières instables de la guerre vues depuis l’Europe. La fascination pour le républicanisme, influencée par l’humanisme du milieu du siècle et plus particulièrement les écrits de Machiavel, est une constante, mais l’attention se déplace successivement, au fil des trois parties du poème, d’une interrogation sur le républicanisme et l’empire à un questionnement sur la rébellion, le pouvoir royal et la clémence, puis et à une exploration des relations entre des communautés de politique et de religion différentes.

11La Araucana émerge dans un contexte intellectuel très particulier, qui ne s’est pas transmis à ses successeurs qui écrivaient dans les conditions toutes différentes de la capitale coloniale qu’était alors Lima. Pourtant, plusieurs des questions centrales soulevées par son poème persistent, interrogeant la nature de la communauté politique mise en scène à travers des situations de rébellion et sous le coup d’un pouvoir éloigné dans l’espace.

II. Les Araucans et les républiques espagnoles dans l’Arauco domado de Pedro de Oña

  • 19 Pedro de Oña, Arauco domado, éd. de Ornella Gianesin, Pavia, Ibis, 2014, p...

12Arauco domado s’ouvre sur la démonstration délibérée de l’aporie rencontrée par l’auteur dans son projet de continuer la formidable entreprise poétique d’Alonso de Ercilla : “¿Quién a cantar de Arauco se atreviera / después de la riquíssima Araucana ? [Qui oserait chanter Arauco / après la si riche Araucana]19”. Si l’incertitude de Pedro de Oña, tout jeune diplômé de l’Université San Marcos de Lima, écrivant son premier ouvrage de poésie sous les auspices d’un vice-roi en voie de cesser ses fonctions, fait figure de topique, elle ne laisse pas d’être trompeuse. Le poète était sans doute contraint à plusieurs titres par une commande à laquelle il s’était engagée – représenter le commandant du Chili sous les ordres duquel avait servi Ercilla et qui était désormais vice-roi de Lima, don García Hurtado de Mendoza, et restaurer l’éclairage héroïque dont La Araucana l’avait privé – mais cette obligation n’épuise pas l’ambition poétique sur laquelle Oña construisit ensuite une carrière prospère sous le mécénat de plusieurs vice-rois et Jésuites, dans le sillage de cet ouvrage initial. Oña a beau alléguer la préséance d’Ercilla et sa propre dette envers lui, tout, dans les paratextes du poème, met en valeur sa jeunesse, sa nouveauté et sa primauté, depuis la page de titre composée par Antonio Ricardo, “primer impresor en estos reinos” [premier imprimeur en ces royaumes], jusqu’au portrait du poète, la première gravure sur bois qui fut imprimée à Lima et qui arbore fièrement son nom, son âge (vingt-cinq ans) et son uniforme du tout récent collège royal. Sans compter les poèmes liminaires qui chantent l’avènement d’un nouvel âge d’or poétique dans le Vice-Royaume et les origines chiliennes d’Oña ; ainsi que la justification de l’emploi d’un mètre expérimental en lui-même (l’octave aux rimes ABBAABCC au lieu du classique ABABABCC). C’est parmi ces poèmes liminaires que l’on trouve la première mention de l’“Académie Antarctique”, une académie littéraire du vice-royaume encore peu connue et qui serait associée à un grand nombre de productions littéraires au tournant du siècle.

13Arauco domado est moins une continuation de La Araucana qu’une réécriture. C’est explicitement qu’il retravaille les onze chants (sur trente-sept dans le poème d’Ercilla) qui traitent de l’arrivée et des premiers succès du jeune commandant Hurtado de Mendoza ; et il fait par ailleurs allusions à bien d’autres passages du poème. Oña incorpore aussi de nombreux autres matériaux de sa propre initiative, parmi lesquels une très longue digression, intercalée dans le récit guerrier, au cours de laquelle une poignée de guerriers araucans et leurs amantes s’écartent du champ de bataille, gagnent les bois et parviennent à une hutte de berger où ils sont l’objet de deux rêves prophétiques qui leur révèlent la répression d’une rébellion fiscale sur le point d’éclater à Quito et la capture du pirate anglais Richard Hawkins. Bien que le poème n’ait jamais pu s’élever au statut de best seller de La Araucana, il connut une réception importante, fut réédité une fois et fournit la matière de plusieurs pièces de théâtre au XVIIe siècle.

14L’une des préoccupations principales de Pedro de Oña, au début de son texte, est de déconstruire soigneusement la communauté politique complexe de l’état d’Arauco qu’Ercilla avait mis tant de soin à construire, de façon à laisser le champ libre à la conquête absolument légitime du point de vue éthique que mène Hurtado. Exactement comme dans La Araucana, le deuxième chant d’Arauco domado présente au lecteur les Araucans assemblés pour déterminer l’action à engager contre les Espagnols. Nous l’avons vu plus haut, cette assemblée était destinée, dans le poème d’Ercilla, à s’abaisser à une violence anarchique et barbare pour mieux faire émerger ensuite, à la grande surprise du lecteur, les contours d’un régime typiquement républicain et aristocratique. La scène d’Oña prétend elle aussi choquer, mais selon un effet très différent. L’assemblée s’ouvre sur une borrachera [beuverie], un festin excessivement arrosé, comme dans La Araucana. Mais au lieu de céder la place à un processus de décision politique, la rencontre prend une couleur barbare, aux traits de plus en plus diaboliques. Le chef avisé, Caupolicán, et l’orateur et conseiller, Colocolo, en sont tous deux absents ; l’assemblée perd même son caractère aristocratique et se transforme en une simple “plebe y mal político gentío” [plèbe de gent mal policée] (II. 49) qui réunit les deux sexes. L’ivresse des noceurs est amplifiée à l’extrême : elle se prolonge sur sept ou huit jours, les buveurs s’y disputent, titubent, cuvent. L’entrée en scène de la chicha (boisson alcoolisée obtenue à partir de la fermentation du maïs) marque l’apparition de péchés mortels : une gloutonnerie bestiale, la luxure, la paresse, et peut-être même le cannibalisme. Les scènes habituellement inoffensive d’astrologie et de consultation des oracles prennent même un tour terrifiant lorsque sont convoqués, pour l’invocation, la nécromancie et le sacrifice d’un enfant. L’ensemble de ces traits compose une distinction radicale et binaire entre la barbarie des infidèles et la piété des chrétiens, là où Ercilla, non sans provocation, avait justement brouillé la distinction entre les deux communautés politiques.

  • 20 José de Acosta, De procuranda indorum salute: Pacificación y colonización,...

15Déprécier l’histoire passée des Araucans renvoie tout aussi bien au présent colonial, puisque l’auteur rappelle à plusieurs reprises que cette coutume persiste dans l’actualité. Les vices qui sont présentés avec le plus d’insistance – la vie en communauté, l’“ocio” [oisiveté], l’ivrognerie (porte d’entrée, à son tour, de l’idolâtrie) – caractérisent aussi très évidemment, dans des traités réformistes tel le très influent De procuranda Indorum salute (1588) du jésuite José de Acosta, les mœurs qui doivent être réformées pour apporter aux Amérindiens la civilisation et le salut. Ce type de préoccupations rejoint aussi l’éthique de la guerre coloniale. Tant dans le De procuranda que dans l’Historial natural y moral de las Indias (1590), Acosta classe la population indigène des Indes (de l’Est et de l’Ouest) en trois “classes” de barbares, selon un raisonnement bien différent de celui de Las Casas. La première, dont le haut degré de sophistication politique et culturel n’est entaché que par le paganisme, et que l’on trouve dans l’Asie orientale, pourra être convertie en faisant appel à la seule raison. Pour la deuxième, qui ne dispose ni des lettres ni des “ciencias” [sciences] mais dispose “néanmoins d’un ordre politique et militaire, d’une résidence sédentaire et d’une certaine dignité dans la pratique religieuse”, il faudra ajouter à la raison la conduite par une autorité supérieure. La troisième, composée de “sauvages” et de “sous-hommes”, sans roi, sans loi ni magistrats, malpropres et parfois cannibales, seront amenés au salut par un usage modéré de la force (per potentiam et honestam vim) si, tels des enfants intraitables, ils rejettent la douce persuasion des “docteurs” et des “maîtres”20. Tandis qu’Acosta assigne les Indiens tant du Chili que du Pérou à la deuxième classe, Oña les abaisse manifestement à la troisième dans sa mise en scène. À une époque où les guerres historiques de conquête et de pacification étaient souvent explicitement condamnées, la guerre contre les Araucans est ajustée rétrospectivement pour coïncider avec le critère plus limité des expéditions chrétiennes – généralement accompagnées d’une équipement militaire réduit et faisant preuve d’une violence modérée, comme le préconisait Acosta – qui étaient de plus en plus fréquemment octroyées aux frontières du vice-royaume du Pérou à la fin du XVIe siècle.

  • 21 Voir, par exemple, Diego Dávalos y Figueroa, Primera parte de la Misceláne...

16Il est alors curieux de constater que cette peinture dégradée du corps politique Araucan, qui ne forme pas une réelle communauté politique, ne s’étend pas aux personnages araucans pris individuellement. Ainsi les guerriers araucans sont-ils capables occasionnellement d’actes de la plus grande valeur et d’une résistance organisée. De même, les couples de Tucapel et Gualeva et de Talguén et Quidora, qui entrent séparément dans la forêt, après la bataille, et se retrouvent ensuite près d’une hutte de berger, en un récit qui occupe une bonne part de la seconde partie du poème, sont hautement prisés pour leur sincérité et leur dévotion innocente. C’est donc dans la vie privée, plutôt que dans la vie publique, que les Araucans se montrent capables d’un comportement civilisé et rationnel. Ce paradoxe apparent est bien sûr conditionné en partie par des impératifs poétiques : comme tous les poètes épiques de son temps, Oña s’applique à créer des personnages mémorables et des scènes emblématiques ; dans cet interlude pastoral, il se plaît aussi à repousser les bornes du genre épique, montrant qu’il peut tout autant porter sa plume vers la pastorale et les genres lyriques. Enfin, c’est là aussi l’indice de la façon dont on concevait alors la mission d’évangélisation en général et sur la frontière chilienne en particulier. De nombreux commentateurs de la période ne partageaient pas l’optimisme prudent d’Acosta quant aux fruits éventuels des efforts alors déployés pour l’évangélisation. Parmi les colons, il n’est pas rare de trouver des jugements extrêmement tranchés sur la sauvagerie et l’infériorité morale et intellectuelle des Amérindiens, que l’on jugeait, entre autres attributs de la vie civilisée, incapables d’un véritable amour21. Au Chili, en particulier, la forte mortalité et les récompenses insignifiantes reçues par les soldats posaient de sérieuses difficultés de recrutement, et les coûts élevés liés à un conflit qui semblait se prolonger indéfiniment provoquaient le scepticisme d’une bonne part de la société liménienne. Ainsi, au sein du discours de plus en plus clivant et démoralisant autour de ce territoire, Oña insiste pour montrer que l’entreprise évangélique et coloniale a un avenir, et que les Araucans que l’on trouve hors du champ de bataille, pleins de jeunesse et de beauté, représentent justement cette promesse d’intégration dans une communauté chrétienne.

  • 22 José Toribio Medina, Biblioteca hispano-chilena, 1523-1817, Santiago de Ch...

17Pourtant, la réception hautement controversée parmi les lecteurs du poème nous prouve qu’Oña ne s’attaquait pas ici seulement au problème délicat de la guerre chilienne, mais aussi et surtout aux troubles qui avaient récemment agité Quito et d’autres centres urbains du vice-royaume à la suite de la proclamation d’un alcabala royale (taxe sur les ventes), extrêmement impopulaire. Presque immédiatement après la publication du poème, le second prêtre le plus haut placé dans la hiérarchie de Lima, Pedro Muñiz, ordonna d’en faire saisir tous les exemplaires, alléguant que le poème avait été publié sans licence ecclésiastique et contenait des “palabras y razones inciertas, malsonantes y ofensivas y escandalosas” [termes et des arguments inexacts, offensants, injurieux et scandaleux]22. D’autres charges furent alors imputées à l’auteur, à l’imprimeur et au libraire par cinq des regidores de Quito, dix-huit notables vecinos de Lima, le Cabildo de Lima, et au moins un officier de l’Audiencia. Ces charges furent jugées assez sérieuses pour que le cas passât aux mains de l’Audiencia et du nouveau vice-roi, puis fût renvoyé devant le Conseil des Indes. De nombreux plaignants citent en détail les passages du poème qui les ont offensés, qui se concentrent tous dans les chants décrivant l’arrivée du vice-roi à Lima, la répression qu’il appliqua à certains abus et l’imposition de l’alcabala. La population urbaine du vice-royaume en était encore agitée, sans qu’une résolution définitive des troubles ait encore été trouvée, ouvrant la voie à diverses critiques du vice-roi. En effet, la représentation d’une rébellion, quelle qu’elle fût, était alors un sujet sensible dans une région où la guerre civile était encore présente dans les mémoires. Justifier la répression de la révolte contre l’impôt fut un défi d’importance pour Oña, qui avait dû concevoir au cours de ses études universitaires une aversion toute scolatique contre l’imposition soudaine de nouvelles taxes.

18Il disposait pourtant d’un modèle de représentation d’une rébellion urbaine dans le récit qu’Ercilla avait fait de la restauration de l’ordre par le vice-roi Andrés Hurtado de Mendoza (le père de García) dans la première partie de son poème. En effet, le récit des événements de Quito emprunte certaines images à cet précédent, comme la représentation des troubles sous la forme de flammes ou de nuages orageux. Mais Oña utilise aussi ce passage pour doter de quelques traits distinctifs son portrait de la république espagnole du vice-royaume. Tandis qu’Ercilla distingue les habitants du Pérou seulement en fonction de leur loyauté ou de leur déloyauté au monarque, et alors que les commentateurs de la révolte de Quito tendaient à l’attribuer à un secteur seulement de la société, souvent marginalisé (des “soldats” ou des hommes d’armes sous-employés et en particulier des mestizos [métisses] et des criollos [créoles]), Oña se distingue de l’une et de l’autre approche. Pour lui, le lit de la rébellion ne se fait pas seulement dans les couches les plus basses de la société : il résonne dans toutes les classes et tous les états, sans distinction de race ou d’ethnie (les sujets Amérindiens, tant des villes que des campagnes, sont montrés sous un jour très positif dans le poème). On s’étonne, de même, de ce que les frontières entre loyauté et déloyauté soient si malaisées à déterminer : seule une minorité de la population, même à Lima, s’engage clairement dans chacun des camps, tandis qu’une majorité d’individus demeure “ni […] bien traidores ni leales, / sino del tercio género : neutrales” [ni vraiment traîtres, ni vraiment loyaux : neutres] (XIV. 88). Pour répondre à cette situation précaire, le vice-roi ne recourt pas à une action militaire immédiate (bien que l’on retrouve tous les topoi associés à la préparation d’une bataille épique) ; il est au contraire loué pour sa prudence, sa retenue et la façon dont il cherche activement à établir un consensus. Disposant de tous les attributs de la majesté habituellement associés au roi, il agit pourtant auprès des sujets espagnols en guérisseur plutôt qu’en chirurgien, en un mot : en chef républicain, premier parmi ses pairs.

19La préoccupation centrale d’Arauco domado est, inévitablement, son héros, García Hurtado de Mendoza, qu’Oña utilise comme une figure pour explorer les différentes facettes du pouvoir vice-royal, aux frontières, au sein de l’armée, et face à des sujets séditieux et potentiellement dangereux dans les grandes villes. Le poème ne laisse pourtant pas de considérer avec intérêt la question du corps politique dans des situations de conflit, déplaçant l’intérêt de La Araucana pour la communauté politique vers la définition de la société coloniale urbaine par elle-même. La vice-royauté est, d’après cette représentation, un lien entre des sociétés civiles, une toile urbaine tout à la fois fragile, volatile, et capable d’extraordinaires démonstrations d’unité au service d’une cause commune. Il est alors moins surprenant de voir que la réception immédiate du poème au Pérou fut caractérisée par une semblable ambivalence. Tandis que les villes de province et les armées de frontière étaient des espaces favorables au développement du sens de la communauté politique, la ville de Lima acquiert la prééminence d’un centre à la fois civil et militaire, tandis que l’Europe et le roi gagnent en abstraction. L’attention portée à la collectivité métropolitaine constitue un précédent d’importance pour l’évolution postérieure de la tradition épique dans la vice-royauté.

III. Communautés indigènes et marronnes dans les Armas antárticas de Juan de Miramontes Zuázola

  • 23 Juan de Miramontes Zuázola, Armas antárticas, ed. de Paul Firbas, Lima, Po...

20Contrairement aux deux auteurs antérieurs, Juan de Miramontes Zuázola (1567-1610) n’avait pas de lien direct avec les guerres d’Arauco. D’origine espagnole, il consacra la plus grande partie de sa carrière à la marine, participant à la défense de la côte péruvienne. Cette charge le conduisit à Cartagena, Panamá, Pisco et Arica avant son installation définitive à Lima en 1604. La rédaction de son poème épique, objet d’une analyse approfondie dans la récente édition critique de Paul Firbas, s’étendit selon toute probabilité sur de nombreuses années23. Dédié tardivement au vice-roi Juan de Mendoza y Luna, marquis de Montesclaros (ca. 1607-1614), il n’obtint jamais le mécénat nécessaire à sa publication et resta manuscrit jusqu’à l’époque contemporaine, sans que l’on conserve de trace de sa diffusion. Comme les deux poèmes précédents, il explicite sa propre structure fragmentaire et le caractère ouvert du récit. Après deux chants consacrés à une brève histoire de la conquête et des guerres civiles au Pérou, la cohésion lâche du poème s’organise autour de plusieurs événements : la défense de la vice-royauté contre les Hollandais et (surtout) les pirates anglais, narrant les incursions de Francis Drake, de John Oxenham – auteur d’une alliance avec les cimarrones, ou Africains marrons de Panama – et Thomas Cavendish, ainsi que l’échec de Pedro Sarmiento de Gamboa à occuper et fortifier le détroit de Magellan entre 1581 et 1587. Sept chants, sur vingt, sont consacrés à un long interlude qui rapporte les amours tragiques et légendaires des deux nobles Incas Chalcuchima et Curicoyllor dans un passé pré-hispanique mal défini. La critique a déjà relevé que l’un des traits distinctifs des Armas antárticas réside dans le silence qui entoure les communautés indigènes, pourtant si visibles dans la tradition épique coloniale antérieure. Pourtant, cette assertion n’est vraie que jusqu’à un certain point. Bien sûr, Miramontes, qui vivait sur la côte plutôt que dans les terres, avait de ces communautés une expérience bien plus réduite qu’Oña ou Ercilla. Mais peut-être est-il plus productif de mobiliser ici pour l’explication la division en deux groupes des populations indigènes des Indes : les indios de paz, anciens sujets de l’empire Inca désormais absorbés dans la chrétienté espagnole, et les indios de guerra, ceux qui, habitant aux frontières de l’hégémonie espagnole (au Chili, dans le Tucumán, au nord de la Nouvelle-Espagne, sur le détroit de Magellan et dans les îles pacifiques), résistaient encore à la subordination et à la conversion. Les premiers sont en effet tout à fait absents dans la façon dont Miramontes dépeint l’histoire postérieure à la conquête, aperçus de loin ou seulement lorsqu’ils abandonnent leurs villages à l’approche des pirates, alors qu’ils dominent, au contraire, au moment de la conquête de Pizarro, rapportée dans le premier chant, et dans le récit interpolé de Chalcuchima et Curicoyllor. Ce dernier se détache sur la toile de fond que forme la lutte intestine entre les deux frères royaux Incas, et porte l’attention sur la gouvernance de la communauté politique amérindienne. Il évite ainsi à la fois l’idéalisation pratiquée par des auteurs comme Garcilaso l’Inca et les accusations de tyrannie lancées par les défenseurs du renversement de Vilcabamba, capitale néo-inca, par Pedro Sarmiento de Gamboa et d’autres. Les membres de la famille royale inca sont des personnages complexes et, en un sens, tragiques, qui évoluent au fil du récit et ne se révèlent pas plus imparfaits ni vertueux que leurs homologues dans les drames royaux contemporains. L’ordre, la vertu naturelle et la fidélité néo-platonicienne du couple central et d’autres personnages ouvre la voie à leur possible incorporation à la chrétienté universelle.

  • 24 J’explore ces questions, sous un angle différent, dans “Os Lusíadas and Ar...

21Au contraire, les indios de guerra sont, pour la plupart, représentés sous les traits de la sauvagerie, suivant les tropes précédemment accumulés dans la tradition épique. S’ils sont rapidement dispersés dans les scènes d’affrontement direct, ils se révèlent impossibles à soumettre définitivement, et leur introduction à l’Évangile est bien plutôt l’effet d’un miracle divin que de la présence d’un agent humain. Indirectement, Miramontes présente de ce fait comme inutile l’extension des frontières de l’empire – la soumission définitive de ces peuples est impossible et leur conversion ne dépend pas directement de l’œuvre des évangélisateurs –, évitant ainsi de futures guerres d’expansion : une politique désignée par le terme de guerra defensiva [guerre défensive] qui était chaudement débattue au tout début du XVIIe siècle24.

  • 25 Campements où se réfugiaient les esclaves noirs qui se rebellaient ou fuya...

  • 26 Kenneth Mills et William B. Taylor (éds), Colonial Spanish America: A Docu...

  • 27 Jason McCloskey le défend dans “Noble Heirs to Apollo: Tracing African Gen...

22Un grand nombre des traits provocateurs par lesquels Ercilla représentait la communauté politique araucane sont déplacés par Miramontes à la représentation des cimarrones. Les communes noires libres et les palenques25 marginaux qui entourent l’Isthme de Panama suscitaient à l’époque des réactions ambivalentes chez les contemporains de Miramontes : essentielles, d’un côté, pour la défense de la région, elles pouvaient aussi sembler peu fiables et imprévisibles. En même temps, on peut aussi soutenir qu’en posant la question de l’esclavage africain à travers l’histoire de la communauté du palenque de Ballano, Miramontes pose, plus généralement, la question de l’esclavage, qui ne pouvait avoir échappé à l’attention de la Lima du XVIIe siècle, où les descendants d’Africains constituaient le groupe ethnique le plus important26. De plus, un vaste éventail de représentations littéraires concurrentes de l’Afrique et des Africains coexistaient à cette période, que Miramontes juxtapose dans son poème, créant par ce biais des effets étonnants. Ainsi, la rencontre entre les Anglais et les cimarrones semble dans un premier temps destinée à souligner la caractère primitif des cimarrones qui répondent à l’hospitalité raffinée de Oxenham par une sélection de “rústicos manjares” [nourritures rustiques] cueillies dans les bois (V. 427), et sont presque totalement défaillants en matière d’art militaire. Or, étonnamment, c’est le chasseur indigène Jalonga qui, un peu plus tôt, a découvert le navire corsaire et offert un récit circonstancié des “histoires et antiquités” de son peuple en Éthiopie (IV. 330). Il y mobilise les précédents légendaires de l’Aethiopica d’Héliodore et l’Éthiopie fantastique de l’Arioste pour obtenir un portrait merveilleux et estimable (bien que résolument dés-africanisé) d’un peuple qui brille par sa sophistication27. L’apport le plus original du poète réside alors dans cette Afrique – la légendaire Éthiopie de l’est – mise au contact des guerres d’esclavage de l’ouest. Jalonga s’attarde sur la différence saisissante entre son propre peuple et la “gente / bestial” [peuple bestial] du rivage Atlantique (IV, 348), les Bran et les Angola familiers du commerce d’esclaves des Indes. Dans cette guerre incessante, les peuples finissent tous deux, irrémédiablement, en passagers des navires portugais. Et tous deux sont présents dans la communauté marrone. Miramontes nie par-là l’homogénéité souvent attribuée à la collectivité africaine, et le discours qui s’ensuit sur l’esclavage apporte une note plus ambivalente :

Ellos, con publicar que en buena guerra,
según ley militar, somos habidos,
nos train [sic.] de mar en mar, de tierra en tierra,
cual míseros cautivos oprimidos.
Al pie, como sabrás, de aquesta sierra
se muestra Panamá, donde, vendidos,
ponen nuestro real, libre albedrío,
debajo de otro ajeno señorío
. (IV. 353)

Alléguant que, de bonne guerre,
conformément à la loi militaire, ils s’emparent de nous,
ils nous traînent de mer en mer, de terre en terre,
tels de miserables captifs opprimés.
Au pied de cette forêt, tu le sais bien,
se tient Panamá, où, vendus,
ils placent notre arbitre libre et souverain,
sous un joug étranger.

Tandis que les Africains de l’ouest devraient tirer bénéfice de l’Évangile et de l’exemple d’organisation civique qu’offrent les Portugais (IV, 350), rien n’indique que cet état bénéficie aussi aux Éthiopiens ni, plus généralement, à aucun esclave.

Conclusion

23Ainsi, ces trois poèmes se rejoignent dans l’exploration de différents agencements du corps politique et de son impact sur la guerre coloniale et l’éthique qui la sous-tend – et vice-versa. L’éthique traditionnelle de la guerre au XVIe siècle – jusqu’à quel point pratiquer la clémence, éviter le pillage et l’esclavage, par exemple ? – varie souvent en fonction de la définition qui est donnée de l’adversaire. De même, la façon dont cette définition oblige à porter une attention renouvelée à la façon dont elle est mise en pratique. Les communautés politiques qui apparaissent dans ces poèmes agissent souvent comme des miroirs capables de réfléchir dans deux directions. Les Araucans d’Ercilla, par exemple, trouvent leur pendant dans les rebelles flamands, les Ottomans infidèles ou les Anglais hérétiques. Chez Oña, l’armée chilienne, particulièrement instable, traduit les préoccupations liées aux communautés urbaines volatiles du vice-royaume. Et les cimarrones de Miramontes sont tout à la fois les Éthiopiens légendaires, la Palenque résistante et les esclaves contemporains. La vision qui en résulte apporte la preuve que ces “histoires connectées” de la première modernité ibérique ont eu un impact décisif sur l’imaginaire politique et littéraire. La vice-royauté du Pérou – le monde antarctique des poèmes – n’était pas une entité impériale stable aux frontières délimitées. La poésie, art du possible contrairement à l’histoire, selon Aristote, s’accorde particulièrement au passé conflictuel de cette région antarctique, irrémédiablement mêlée à une vaste série de présents précaires et de futurs coloniaux incertains.

Notes

1 Thomas Greene, The Descent from Heaven: A Study in Epic Continuity, New Haven, Yale University Press, 1963, p. 17-18.

2 Ibid., p. 19.

3 Q. Horati Flacci Opera, Oxford, Oxford University Press, 1901, p. 255, v. 75.

4 C. M Bowra, From Virgil to Milton, Londres, Macmillan, 1945, p. 11.

5 David Quint, Epic and Empire: Politics and Generic Form from Virgil to Milton, Princeton, Princeton University Press, 1993, p. 8.

6 Miguel Martínez, Front Lines: Soldiers' Writing in the Early Modern Hispanic World, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2016.

7 Marco Girolamo Vida, The De Arte Poetica of Marco Girolamo Vida, ed. et trad. de Ralph G. Williams, New York, Columbia University Press, 1976, I. 6-7 (p. 2).

8 Introduction à l’Epic Traditions in the Contemporary World: The Poetics of Community, Berkeley, University of California Press, 1999, ed. de Margaret Beissinger, Jane Tylus and Susanne Wofford, p. 2-3.

9 Ces affirmations ont été largement questionnées au cours des dernières années. Voir, par exemple, Annabel Brett, Changes of State: Nature and the Limits of the City in Early Modern Natural Law, Princeton, Princeton University Press, 2011, qui porte l’attention sur la théorie de la ville ou de la communauté politique ; Keith Howard, The Reception of Machiavelli in Early Modern Spain, Woodbridge, Tamesis, 2014 et de nombreuses études sur les formes de révoltes et de dissidences sociales.

10 Alonso de Ercilla, La Araucana, ed. de Isaías Lerner, Madrid, Cátedra, 1998, I. 1 (p. 77); toutes les citations de cet article sont reprises de cette édition, basée sur celle de 1997 à Madrid, et sont référencées par le numéro de chant et d’octaves.

11 L’ambiguité syntaxique et les nuances de ces premières strophes ont été analysées par Miguel Martínez, op. cit., p. 145-46.

12 Sur ce point, et sur l’argument qui suit, voir Imogen Sutton, “‘De gente que a ningún rey obedecen’: Republicanism and Empire in Alonso de Ercilla's La Araucana”, BHS, 91.4, 2014, p. 417-435.

13 Ptolémée de Lucques [souvent entièrement ou partiellement attribué à Thomas d’Aquin], On the Government of Rulers / De Regimine Principum, trad. de James M. Blythe, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1997, p. 216 ; voir aussi Xavier Gil, “Republican Politics in Early Modern Spain: The Castilian and Catalano-Aragonese Traditions”, dans Republicanism: A shared European Heritage, Martin Van Gelderen et Quentin Skinner (éd.), Cambridge, Cambridge University Press, 2002, p. 263-288.

14 Sur le réseau complexe d’allusions à Virgile et Lucain dans La Araucana, et leur association fluctuante aux Espagnols et aux Araucans, voir Aude Plagnard, Une épopée ibérique. Alonso de Ercilla y Jerónimo Corte-Real (1569-89), Madrid, Casa de Velázquez, à paraître en 2019, chapitres 6 et 7.

15 Nicolas Machiavel, Discourses, I, vi, trad. de James B. Atkinson and David Sices, in The sweetness of power: Machiavelli's Discourses and Guicciardini's Considerations, Illinois, Northern Illinois University Press, 2002, p. 37 (nous traduisons). Pour une traduction française des Discours, voir les Discours sur la Première décade de Tite-Live, Alessandro Fontana et Xavier Tabet (trad.) ; Alessandro Fontana avec la collab. de Xavier Tabet (notes) ; Alessandro Fontana (pref.), Paris, Gallimard, 2004.

16 J’analyse cet épisode en détail dans “Adonde falta el rey, sobran agravios (IV.5)? The Siege of Saint-Quentin and Two Worlds of War in Alonso de Ercilla’s La Araucana”, in Stephen Boyd et Terence O’Reilly (éds.), Artifice and Invention in the Spanish Golden Age, Oxford, Legenda, 2014, p. 173-84. Voir aussi, dans le Recueil Ouvert, l’article d’Aude Plagnard, “Des épopées imitatives et refondatrices ? Le cas d’Alonso de Ercilla et de Jerónimo Corte-Real”, Le Recueil Ouvert [En ligne], volume 2016 – Extension de la pensée épique, dont il existe aussi une version espagnole : « ¿Epopeyas imitativas y refundadoras? El caso de Alonso de Ercilla y Jerónimo Corte-Real », Revista Épicas, 2018, n° 2, numéro monographique « Modernité et extension de l’épopée » (Florence Goyet et Saulo Neiva, coord.). https://docs.wixstatic.com/ugd/ccf9af_889f2edf273b459dae16dc2456a773dd.pdf [consulté le 31/08/2018].

17 Ce point a déjà été relevé Karina Galperin. “The Dido episode in Alonso de Ercilla’s La Araucana and the critique of empire”, Hispanic Review, no 77.1, 2009, p. 31-67, ici p. 57.

18 Voir mon article à paraître : “La presencia oculta de Torquato Tasso en la Tercera parte de La Araucana de Alonso de Ercilla (1589-90)”, Bulletin Hispanique, 2019.

19 Pedro de Oña, Arauco domado, éd. de Ornella Gianesin, Pavia, Ibis, 2014, p. 85, prologue en vers, octave 20 ; les citations du poème proviennent de cette édition critique, elle-même basée sur la princeps de 1596 et identifiées par le numéro de chant et d’octave.

20 José de Acosta, De procuranda indorum salute: Pacificación y colonización, éd. et trad. de Luciano Pereña, et alii, Corpus Hispanorum de Pace: 23, Madrid, CSIC, 1984, p. 67.

21 Voir, par exemple, Diego Dávalos y Figueroa, Primera parte de la Miscelánea Austral, Lima, Antonio Ricardo, 1602, fol. 154v.

22 José Toribio Medina, Biblioteca hispano-chilena, 1523-1817, Santiago de Chile, éd. originale de 1897-99; réimprimée à Amsterdam, N. Israel, 1965, I, 48.

23 Juan de Miramontes Zuázola, Armas antárticas, ed. de Paul Firbas, Lima, Pontificia Universidad Católica del Perú, Fondo Editorial, 2006. Les citations du poème viennent de cette édition critique, basées sur le manuscrit autographe BNE, 3956, et signalées par le numéro du chant et de l’octave.

24 J’explore ces questions, sous un angle différent, dans “Os Lusíadas and Armas antárticas: Eros and Eris at the Frontiers of Empire”, in Rodrigo Cacho et Imogen Choi (éds), The Rise of Spanish American Poetry, 1500-1700: Literary and Cultural Transmission in the New World, Cambridge, Legenda, à paraître en 2019.

25 Campements où se réfugiaient les esclaves noirs qui se rebellaient ou fuyaient leur vie d’esclaves.

26 Kenneth Mills et William B. Taylor (éds), Colonial Spanish America: A Documentary History, Wilmington, Del., Scholarly Resources, 2002, p. 185-186.

27 Jason McCloskey le défend dans “Noble Heirs to Apollo: Tracing African Genealogy through Ovidian Myth in Juan de Miramontes’s Armas antárticas”, in Ovid in the Age of Cervantes, Frederick de Armas (éd.), Toronto, University of Toronto Press, 2008, p. 262-280.

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Pour citer ce document

Imogen Choi, «Épopée, guerre coloniale et communauté politique dans le vice-royaume du Pérou, 1560-1610», Le Recueil Ouvert [En ligne], mis à jour le : 09/11/2023, URL : http://ouvroir-litt-arts.univ-grenoble-alpes.fr/revues/projet-epopee/312-epopee-guerre-coloniale-et-communaute-politique-dans-le-vice-royaume-du-perou-1560-1610

Quelques mots à propos de :  Imogen  Choi

Imogen Choi est Associate Professor d’espagnol à l’Exeter College (Université d’Oxford, RU). Sa thèse doctorale a remporté le prix 2017-2018 AHGBI/Spanish Embassy et sera publiée aux éditions Tamesis en 2020. Elle a co-édité une anthologie d’études sur la poésie hispanoaméricaine colonial et publié plusieurs articles sur l’épopée coloniale, sa facture politique et sa réception. Sélection de publications :
– Rodrigo Cacho et Imogen Choi (éds.), The Rise of Spanish American Poetry, 1500-1700 : Literary and Cultural Transmission in the New World, Cambridge, Legenda, 2019 ; http://www.mhra.org.uk/publications/Rise-Spanish-American-Poetry-1500-1700 ;
– “La presencia oculta de Torquato Tasso en la Tercera parte de La Araucana de Alonso de Ercilla (1589-90)”, à paraître dans le Bulletin Hispanique en 2019
– “The Spectacle of Conquest : Epic Conflicts on the Seventeenth-Century Spanish Stage“, dans Fiona Macintosh, Justine McConnell, Stephen Harrison, and Claire Kenward (éds.), Epic Performances from the Middle Ages into the Twenty-First Century, Oxford : Oxford University Press, 2018, https://global.oup.com/academic/product/epic-performances-from-the-middle-ages-into-the-twenty-first-century-9780198804215 ?lang =en&cc =zw
– “¿‘Adonde falta el rey, sobran agravios’ (IV.5) ? The Siege of Saint-Quentin and Two Worlds of War in Alonso de Ercilla’s La Araucana”, dans Stephen Boyd and Terence O’Reilly (éds.) Artifice and Invention in the Spanish Golden Age (Oxford : Legenda, 2014), pp. 173-84, http://www.mhra.org.uk/publications/Artifice-Invention-in-Spanish-Golden-Age
– “‘De gente que a ningún rey obedecen’ : Republicanism and Empire in Alonso de Ercilla’s La Araucana”, BHS, 91.4, 2014, 417-35, https://doi.org/10.3828/bhs.2014.27